Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 07:08
- Par Vincent Adeline
Versailles et prostitution. Voilà un beau contraste avec la bienséance versaillaise. Contre toute attente, la prostitution versaillaise a cependant bel et bien existé. Au milieu du XIXème siècle, l’afflux massif de garnisons militaires attire cette industrie un peu particulière. Situé entre la place d’Armes et la Cour d’appel, la Petite Place accueille cette toute nouvelle activité. Détour à Versailles s’est procuré le témoignage d’une ancienne habitante. Henriette Deltour y a vécu de 1929 à 1954.

Un endroit pourtant tranquille où il fait bon vivre

Malgré sa réputation, la Petite Place demeure un endroit convivial, un petit village en plein cœur de Versailles. Ses habitants y partagent alors leurs coutumes, leurs habitudes et leur organisation. Henriette Deltour se souvient de la place : ses tilleuls, sa fontaine. Un vrai patelin méridional, le PMU en moins. Enfant, elle s’y amusait dans des parties de marelle, de corde et de balançoire, autant d’inventions de fortune. Les familles qui ne possèdent pas encore l’eau courante se retrouvaient autour de la fontaine pour y laver leur linge.

Le quartier n’est pas aussi malfamé qu’on pourrait le croire. Henriette Deltour évoque la cohabitation d’alors entre deux fratries : les alcooliques et les non-alcooliques. Beaucoup s’enivraient « méthodiquement » dans les bars, notamment celui de Madame Cazel sur la Petite Place. Toutefois aucune histoire, ni violence, ni bagarre, n’est jamais venue troubler la quiétude environnante. « Alcoolisé, les consommateurs, hommes ou femmes, rentraient chez eux pour dormir. »

Une vie tranquille dans ce quartier bâti sous Louis XIV. Seul bémol, dans les années 1940, l’entretien des bâtiments fait défaut faute de finances. Le quartier perd en qualité de vie et en charme.

Et les maisons closes ?


Cette description idyllique n’empêche pas l’exercice plus ou moins encadré de la prostitution. A Petite-Place, on trouve 4 maisons closes, titulaires d’une autorisation municipale et préfectorale pour tenir ce type de commerce. Une quarantaine de prostitués y travaillent en permanence. D’autres exercent clandestinement sans pour autant être inquiétées par la police. Henriette Deltour se souvient que ces maisons étaient des lieux très fermés et discrets. Il existe en effet des règles très strictes : distance avec les églises et les écoles, rideaux obligatoires aux fenêtres… Le matin, les lieux sont investis par le personnel de ménage. Les trottoirs sont nettoyés, les volets des étages sont grands ouverts pour le grand ménage des chambres. Le soir dès 19 heures se joue à l’intérieur des maisons de la musique dans le genre chanson française à la mode à ce moment là. Mais la musique est étouffée et discrète. Des hommes entrent ou sortent rapidement, toujours discrètement.

Revers de la médaille, les conditions sanitaires sont déplorables. Les maisons closes les plus miséreuses transmettent leur lot de maladies, dont la tristement célèbre syphilis. Des mesures sont toutefois prises afin d’endiguer la transmissions de cette MST. Deux fois par semaine, les prostituées doivent se soumettre à la consultation obligatoire du Docteur Vernier à l’hôpital Richaud. Par ailleurs, les filles malades restent hospitalisées.

Pendant la guerre, l’activité ne cesse pas. Au contraire… Les allemands occupent largement les lieux jusqu’en 1944. Les 4 maisons étaient alors ouvertes de 14 heures à 24 heures. Il n’y a pas eu d’histoire pendant toute cette période. En revanche, cela s’est nettement détérioré avec l’arrivée des américains dès le mois d’aout 1944. Il y a eu des bagarres mémorables surtout entre Russes qui ne manquaient pas de tirer au pistolet. La police militaire, les M.P, arrivaient en force et tout le monde était embarqué.

L’ensemble de la Petite Place et ses rues d’accès sont déclarés îlot insalubre par les services d’hygiène de la ville en 1941. Ils font l’objet d’un aménagement urbain prioritaire. Après la Libération, la ville procède au rachat des bâtiments. Les derniers habitants sont relogés dans des logements décents construits dans d’autres quartiers. Dans les années 60, la Petite Place n’existe plus, remplacée par des constructions résidentielles.



Merci à MonVersailles.com pour les informations historiques, et à Jacques Postel pour ce témoignage inestimable d’Henriette Deltour.


Les Archives communales organisent jusqu’au 27 novembre une exposition sur ce quartier oublié de Versailles. L’occasion de revivre en image ce qui ne demeure plus qu’un lointain souvenir.
Publié dans : Versailles Insolite
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  • : Chargé de communication au sein d'une collectivité territoriale, Vincent ADELINE est un passionné de l'histoire versaillaise.
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