Antoine Jacobsohn est historien et agronome. Il est responsable du potager du Roi depuis septembre 2007. Pour Détour à Versailles, il a accepté de nous faire visiter ce petit coin de paradis en
plein cœur de la ville.
Gérer le potager du Roi est loin d’être une sinécure. Le lieu demande une attention de tous les instants, une présence permanente dans ses jardins et ses allées. Mais la surveillance ne s’arrête
pas à celles des fruits et des légumes. Non, les visiteurs réservent parfois d’étranges surprises au personnel. Par une belle journée estivale, le bassin central semble attirer quelques
convoitises. Récemment nettoyé, la pièce d’eau devient, le temps d’un instant, bain public pour quelques ingénieux élèves de l’Ecole du Paysage.
Toutefois, le travail d’Antoine Jacobsohn ne se limite fort heureusement pas à ce rôle de gendarme. « Ma fonction consiste à valoriser le travail des jardiniers, explique-t-il, ce n’est pas
moi qui suis à longueur de journée dans le potager, ce sont eux qui réalisent la plus grande part du travail. » La tâche semble effectivement ardue. Les 400 variétés fruitières, et autant de
variétés légumières, nécessitent un dur labeur. Le potager produit aujourd’hui près de 40 tonnes de fruits et 25 tonnes de légumes. « Le potager ne sert plus aujourd’hui à servir la table
royale. Nous pouvons nous demander à quoi il sert ? » La production est écoulée à travers des marchés tels que Rungis, ou alors tout simplement vendue à la boutique au 10 rue du Maréchal
Joffre. Mais la plus grande part est valorisée sous forme de produits transformés : jus de fruits, confitures, conserves…
Ce dernier aspect renforce le lien traditionnel entre lieu de production et lieu de consommation. « A l’époque, on ne peut pas imaginer un château sans potager. » D’ailleurs, Antoine
Jacobsohn mentionne très justement la situation centrale du lieu par rapport au château. La véritable entrée est en réalité une grille vers la Pièce d’eau des Suisses. « De cette grille, on
accède à l’Orangerie, et aux Grands Communs, cuisines du château. Et au delà de la place d’Armes, on trouve les Grandes Ecuries. » Le potager désert ainsi les lieux primordiaux de
consommation. « C’est vraiment le lieu où il faut être » conclut Antoine Jacobsohn.
En dehors d’une perspective purement productive, le Potager du Roi poursuit une vocation expérimentale. « Avec son point d’eau entouré de petites parcelles, le plan du potager est similaire à
un champ d’essai de l’INRA*» note son responsable. Néanmoins, cette remarque dépasse le simple domaine de l’anecdote. Les jardins alentours sont en priorité destinés aux élèves de l’Ecole du
Paysage. Dans un espace sans règle ni ordre apparent, à titre individuel ou collectif, ils mettent en pratique leurs enseignements. Certaines parcelles sont également réservées aux particuliers.
Des associations ou le personnel du Potager peuvent laisser libre court à leurs envie potagères. « Le véritable objectif du lieu est l’expérimentation sociale c’est-à-dire réussir à faire
vivre des personnes différentes ensembles. » Enfin, le lieu n’est-il pas simplement une bonne introduction à l’environnement ?
* Institut National de Recherche Agronomique, notamment basé à Jouy-en-Josas
Entretien avec Antoine Jacobsohn, responsable du Potager du Roi
Plus d’informations surwww.potager-du-roi.fr