Entre le lycée Hoche et la rue du maréchal Foch se dresse un étrange bâtiment, totalement laissé à l’abandon. Ce sinistre souvenir anime la
curiosité, et suscite l’intérêt des Versaillais ou des touristes de passage. La campagne municipale a mis en exergue des projets opposés de réhabilitation. Mais qu’en est-il de l’histoire de ce
bâtiment ?
La création de la Maison de Charité
La création de l’hôpital Richaud répond à une double nécessité. Au temps de Louis XIV, la ville d’un côté connaît un accroissement considérable, il faut donc répondre à des besoins croissants en
matière de soins. Les travaux colossaux engagés au château demandent par ailleurs une main d’œuvre abondante, et apportent chaque jour nombre de blessés en tout genre. Afin de contenter ces
nouveaux besoins, Louis XIV établit en 1670 une « maison de Charité ». Ce service hospitalier est assuré par les sœurs de la Charité, congrégation créée par Saint-Vincent-de-Paul. Leurs tâches
consistent à nourrir les malades, préparer les médicaments et apporter les premiers soins. Toutes les opérations d’envergure sont réalisées par les médecins renommés de la Cour : Fagon, premier
médecin de Louis XIV et les chirurgiens Félix et Maréchal. Quant à son emplacement, il ne s’agit au départ que d’un simple dispensaire en haut de la rue de la Paroisse. Rapidement, le futur
hôpital royal prend racine à son emplacement actuel. Un terrain d’abord loué au grand-père de l’Abbé-de-l’Epée, puis acheté en 1707.
Louis XIV, Fagon et les débuts de la médecine moderne
Au cours de son règne, le Roi-Soleil est atteint d’une fistule à l’anus. La douleur intenable qui en résulte l’empêche de s’adonner à son loisir favori : la chasse. Pourtant, le souverain redoute
une opération dangereuse et douloureuse, quoique salutaire. Cet épisode a toutefois permis de réaliser des progrès chirurgicaux non négligeable. Le chirurgien Félix a effectivement mis au point
un instrument spécifique : la lancette. Avant d’entreprendre cette délicate opération, il a pu s’exercer au préalable sur les malades atteint d’un mal similaire. Beaucoup en périrent, mais «
plusieurs en guérirent, entre lesquels il y eu un prêtre nommé Sanga qui après sa guérison ne pensa plus qu’à profiter de cette occasion qu’il se persuadait devoir lui être avantageuse
pour obtenir du roi un bénéfice » note le curé de Notre-Dame, Hébert, dans ses Mémoires. Le roi en effet récompense les audacieux cobayes, à l’image de ce dernier devenu chanoine de
Sens. Au final, l’opération de Louis XVI est un succès et marque les débuts de la médecine moderne.
Du dispensaire à l’Hôpital civil
Le modeste dispensaire subit ensuite de profondes modifications, et s’agrandit petit à petit. En 1722, une première aile abrite l’infirmerie. Il reste d’ailleurs de cette époque une centaine de
pièces de faïences (Nevers et Saint-Cloud) trouvées dans l’apothicairerie. Deux ans plus tard, l’architecte Tannevoi ajoute une seconde aile à l’édifice. Finalement, en 1761, un autre architecte,
Gabriel, détruit les vieux bâtiments et en édifie des plus adaptés. Mais les guerres interrompent ces ambitieux travaux par manque d’argent. Ils ne reprendront seulement qu’en 1781 selon les
plans de Darnaudin, architecte primé au grand prix de Rome et grand ordonnancier du Versailles de Louis XVI. L’hôpital prend la forme d’un H et s’articule autour d’un corps central, réservé aux
vieillards, flanqué de deux ailes, destinées aux malades des deux sexes. Mais la pièce maîtresse de l’ouvrage demeure la chapelle. D’inspiration néo-classique, elle possède une coupole à
caissons comme au Panthéon à Rome. Quant à la galerie à l’étage, elle communique directement avec les chambres des malades, ce qui leur permettait d’assister aux offices sans se déplacer.
Malheureusement, la Révolution viendra une fois encore interrompre l’opération.
Pour la petite anecdote, l’hôpital est encore utilisé au delà de l’année 1971. Par une lettre du 24 mai 1971, le ministère de la Santé autorise la réalisation d’un nouvel établissement :
l’hôpital André Mignot, ouvert en 1981. Ne demeurent alors dans les vétustes locaux que les services de spécialités chirurgicales et la psychiatrie. Plus récemment, la Cour d’Appel de Versailles
devait investir les lieux. Devant l’échec du projet, la nouvelle municipalité s’est finalement engagée à y construire une pépinière d’entreprises. A quand une nouvelle jeunesse pour l’hôpital
Richaud ?
Sources : Le patrimoine des communes des Yvelines aux éditions Flohic ; Versailles, le château, la
ville, ses monuments d'Odile Caffin-Carcy et Jacques Villar ; Versailles aux trois visages d'Emile Houth
L'hôpital Richaud se situe à l'angle du boulevard de la Reine et rue du Maréchal Foch. Le plan sur mappy.fr