Le marquis de la Londe : ses ennemis et ses alliés
Jouvencel met un terme à son mandat suite aux critiques des Ultras. Ces monarchistes convaincus veulent profiter de cette déchéance pour placer l'un des leurs à la tête de la municipalité. Ces
espoirs sont rapidement déçus, puisque leur champion, Maurice Baudard de Sainte-James, célèbre pour la " folie " à Neuilly qui a conservé son nom, n'est pas nommé. Au contraire, c'est le marquis
de la Londe qui hérite de la charge le 9 mai 1816. Loin de faire l'unanimité - il n'est pas un fanatique - il subit des critiques acerbes. Ces fervents détracteurs voient en lui un personnage
ambitieux, incompétent dans l'exercice d'une telle tâche. " L'incapacité la plus complète, le plus déplorable entêtement, et les préjugés les plus funestes. " Assurément, il ne
bénéficie de leur assentiment. Toutefois, le préfet lui offre une épaule solide face à l'opposition " de personnages officieux. J'ai la confiance que Monsieur de la Londe (…) réalisera
toutes les espérances qui se réunissent autour de son administration. " Cette confiance semble d'ailleurs tout à fait fondée. En 1826, soit au cours de son troisième mandat, la duchesse
d'Abrantès dresse dans ses Mémoires un portrait flatteur du marquis de la Londe. " En tout, Monsieur de la Londe méritait l'estime et l'attachement que Versailles tout entier lui
portait ". Elle renchérit enfin sur sa conduite " digne de tout éloge comme magistrat et comme homme privé. "
Un maigre budget à rééquilibrer
Lorsqu'il prend ses fonctions, la Ville est en proie à de sérieuses difficultés financières. Le budget a été rogné lors des deux occupations de Versailles. Les frais qui en résultent ont très
sérieusement compris le budget 1818. Le maire établit tout de même des prévisions de dépenses. Dépenses trop élevées d'après la commission. Cet organisme de contrôle prescrit des coupes sombres
sur chaque chapitre. Trois exemples. Tout d'abord la bibliothèque voit ses effectifs se réduire, tandis que le crédit d'achat de livres diminue. Ensuite, le part consacrée aux fêtes publiques
baisse sensiblement. Enfin, le fond des dépenses imprévues est réduit à la portion congrue. Le maire approuve ces restrictions financières : le bien de la ville en va ainsi. " Nous devons
voir dans ce sacrifice de sa part une nouvelle preuve de son dévouement aux intérêts de la ville et du besoin impérieux d'économies " souligne le rapport de la
commission.
Quelques réalisations fondamentales
On comprend dès lors aisément pourquoi les réalisations de cette municipalité ont été si peu nombreuses. Le marquis de la Londe œuvre pourtant à l'unification de deux quartiers alors antagonistes
: Saint-Louis et Notre-Dame. Il fait percer l'avenue de Berry (actuelle avenue du Général de Gaulle) en 1819 et réalise la place des Tribunaux (actuelle place André Mignot) en 1825. La finalité
de cette réorganisation est la liaison des deux quartiers. " Monsieur de la Londe était du quartier Saint-Louis pouvait ne pas être aimé du quartier Notre-Dame, comme il l'était
néanmoins, et cela franchement sans flatteries " note la duchesse d'Abrantès. Enfin, il assure à la municipalité la jouissance de ses locaux pour 99 ans en 1823. Un projet de
reconstruction est même un temps évoqué, mais finalement abandonné par souci d'économie.
Le marché Notre-Da me et sa polémique
Le marché Notre-Dame est l'objet des préoccupations de l'équipe municipale. Dès 1811, Pétigny avance un projet de rénovation. Cette
tentative est avortée car l'emprunt nécessaire est refusé par le ministre de l'Intérieur. La Lande propose quant à lui en 1818 la construction de " halles ouvertes à claire-voie. " Un mémoire
expose d'ailleurs les raisons d'un tel projet. " On a formé sur le terrain de véritables habitations avec des élévations inégales dont l'ensemble présente un aspect hideux (…) la voie
publique est interceptée par l'étalage de denrées et marchandises sur le pavé des rues (…) et les abus ont été poussé à un tel point que le marché Notre-Dame n'offre plus ni commodité, ni
propreté, ni salubrité. " Mais les propriétaires de ces baraques restent sourds aux constats établis. Selon eux, l'embellissement de la ville se ferait aux dépens d'un millier
d'habitants, inadmissible. Le projet est finalement abandonné. L'édile revient à la charge en 1825. La séance municipale de 29 juin adopte le retour au plan de 1818, et prévoit d'indemniser les
concessionnaires. Mais le ministre de la Maison du roi s'oppose vigoureusement à l'expropriation de propriétaires " d'une possession de plus de deux siècles. " En revanche, il
consent à la destruction des baraques à l'intérieur des carrés. A la place, il suggère d'élever des halles couvertes. Cependant, il faut obtenir l'assentiment préalable des propriétaires des 496
baraques concernées. Seulement 234 d'entre eux donnent leur accord, ce qui signifie une fois encore l'abandon du projet.
Après trois mandats, une ordonnance du 14 mars 1830 désigne un gendre de la Londe pour lui succéder, Romé de Fresquienne. Mais la révolution de juillet met rapidement fin à son mandat. A
suivre…
Source : Versailles, deux siècles de vie municipale de Jean Lagny et André Damien